Corps qui tremble. Monde instable. Incertitude. Tout se passe dans une géométrie fluctuante. Tremblements essentiels, de Parkinson, d’alcoolique, de froid ou de peur. Finalement un verre n’est pas vraiment là où il est, il est à plusieurs endroits à la fois, la précision n’existe pas, tout est flou, le verre est un nuage…
Le verre d’eau n’est pas un verre d’eau. Le verre d’eau est un verre d’eau posé entre la bouteille et le pot de vinaigrette sur cette table penchée et bancale, il est rempli à raz bord et une fourchette est sur le chemin entre ma main et lui, il y a un peu de verre d’eau dans le pot de vinaigrette et inversement. Un chouia d’imprécision et ma manche se prendrait dans la fourchette qui renverserait la sauce, j’ôterais alors ma main par surprise et ferais tomber la bouteille sur la boite d’œufs, bref patatras, plus d’eau et l’assiette de pâtes finit sur la tête du président. Alors, proprioception, il faut écarter la fourchette sans bousculer la bouteille, dégager l’accès, un verre d’eau n’est verre d’eau qu’isolé, sauf que rien n’existe sans contexte…
Contexte. C’est possible de mettre le tournevis sur la vis si l’espace permet à l’autre main de faire appui, c’est possible de manger des coquillettes à la fourchette si on a le temps et qu’on les accepte froides, c’est possible d’enfiler un fil dans un chas si on a de la chance, ou un ami… Trembler c’est vivre dans un monde fluctuant ; or si je tourne sur moi-même au centre d’une ronde immobile je vois la même chose que si je suis à l’arrêt et que la ronde tourne autour de moi dans l’autre sens ; finalement, si ça se trouve, ce n’est pas moi mais le monde qui tremble, relativité. Je peux être chirurgien, oui mais seulement pendant les tremblements de terre…
Relativité. Être au monde change le monde. La moindre bactérie interagit nécessairement, être agît, exister déforme le contexte, peser modifie l’espace-temps, nous agissons sur ce dans quoi nous sommes, le contenu transforme le contenant, si tant est qu’il y ait lieu de distinguer les deux, et ce qui tremble fait trembler, un régiment ne traverse pas un pont au pas. Or nous entrons dans un monde instable, sur tous les plans, fluctuant, qui demande plus d’adaptabilité permanente que d’adaptation intangible, la performance devient un défaut, on ne s’adapte pas à ce qui change tout le temps ; mais quand ça tremble ça change tout le temps, alors tremblons, ni de peur ni d’alcool, tremblons lentement dans la danse, dans le tir à l’arc, tremblons dans la poésie, acceptons le flou, le bancale qui penche, les opinions des autres, acceptons notre incertitude, les approximations, notre ridicule, acceptons de rater…
Mecri,
Meric
Mreci
Pfftt…
Cédric
Si on savait, pour ce petit texte, le nombre de touches ratées que j’ai dû effacer, en ratant parfois l’effacement lui-même, rendrait-on à l’égo sa modeste place incertaine ? Pas dit…
